text.skipToContent text.skipToNavigation
background-image

L'Isolée von Bazin, René (eBook)

  • Erscheinungsdatum: 29.06.2015
  • Verlag: Booklassic
eBook (ePUB)
0,99 €
inkl. gesetzl. MwSt.
Sofort per Download lieferbar

Online verfügbar

L'Isolée

Les religieuses d'une école primaire a Lyon sont dispersées par la brutale application des lois laîques (1902-1905) et leur sécularisation rendue inévitable. L'une d'elles s'abandonnera jusqu'a la prostitution. Ce roman mele la matiere spirituelle et la fragilité humaine. D'un grand réalisme spirituel.

Produktinformationen

    Format: ePUB
    Kopierschutz: none
    Seitenzahl: 117
    Erscheinungsdatum: 29.06.2015
    Sprache: Französisch
    ISBN: 9789635259809
    Verlag: Booklassic
    Größe: 482kBytes
Weiterlesen weniger lesen

L'Isolée

La nuit plus humide à présent, et mûrisseuse de fruits, étendait sur la campagne ses ailes frissonnantes. Le sang des plantes et celui des hommes se renouvelait. La plupart des créatures dormaient. Chez les soeurs de Sainte-Hildegarde, la veilleuse du coucher ne fut pas éteinte plus tard que de coutume. Dans ces âmes saintes, l'abandon aux mains de la Providence combattait et calmait la douleur. Il fut, peu à peu, victorieux. L'une après l'autre, les soeurs s'endormirent. Une seule demeura éveillée, dans l'angoisse que grandissaient la solitude et la nuit : ce fut soeur Pascale. Toute son enfance lui revenait en mémoire, et cet hier d'elle-même, à mesure qu'elle s'y enfonçait davantage, la jetait dans des alarmes nouvelles.

Son enfance lui revenait en mémoire, surtout la fin, épanouie et douloureuse. Cinq ans plus tôt, Pascale habitait ce coin de la Croix-Rousse que les anciens du quartier appellent " les Pierres Plantées ", presque au sommet de cette montée de la Grande-Côte, vieille rue peuplée de canuts, d'échoppiers, de revendeurs, de chiffonniers, - marchands de pattes, comme disent les Lyonnais, - de bouchers, épiciers, boulangers, aux boutiques étroites et profondes ; rue qui coule d'abord tout droit du haut du plateau, et se coude en bas, près de la Saône, et se ramifie en patte d'oie ; rue pavée de galets pointus à l'ancienne mode ; rue d'une pente si rapide que pas une voiture ne peut s'y risquer, et que l'asphalte des trottoirs est entaillée, afin que les passants ne tombent pas trop souvent. Elle était fille d'un des grands quartiers populaires, de l'ancienne colline des tisseurs, séparée seulement par la Saône de la colline où l'on prie, de Fourvière qui lève son église au-dessus de la brume des deux fleuves.

Pascale avait emporté, au fond de ses yeux d'or, l'image de tout un monde. Elle revoyait, par exemple, avec une sûreté de mémoire qui l'émouvait autant que l'avait fait la vie, ce matin du 8 décembre 1897, où elle avait résolu de parler, pour la première fois, du secret qui l'oppressait. L'aube se levait, tardive. Cette nuit-là non plus, Pascale n'avait pas dormi. Elle guettait l'heure où pâlirait la plus haute vitre de la fenêtre, celle qui, vue d'en bas, du lit de Pascale, n'avait que du ciel en face, et elle songeait : " Encore le brouillard ! Toute la journée ne voir le soleil qu'à travers des tas d'étoupes ! Moi qui avais prié pour qu'il fît beau temps ! " Et puis les métiers électriques s'étaient mis à battre, au-dessus de l'étage des Mouvand, qui habitaient le second. Car les trois étages étaient occupés par des canuts, et, depuis des siècles, les murs, les planchers, les meubles, du haut en bas, tremblaient tout le jour, comme d'un grand orage qui ne cessait pas. Ah ! il en avait passé, de la soie, par l'escalier ! Il en était sorti, des belles pièces tissées ! Elles en avaient fait du chemin, les navettes : bien des fois le tour du monde !

La maison, associée au labeur des machines, commençait donc sa journée. Et aussitôt, une voix lointaine, venant de l'atelier, appela :

- Pascale ? Les entends-tu ? Depuis qu'ils paient soixante-dix francs à l'usine de Jonage pour la force électrique, en font-ils un tapage, ces Rambaux !

- C'est vrai !

- As-tu bien dormi ?

- Pas comme d'habitude.

- Moi, magnifiquement. Je me réjouis de ma journée. Habille-toi vite. Je suis tout prêt !

Et Pascale, se levant en hâte, sentit qu'elle frémissait plus fort que les murs : " Il va falloir lui dire, à ce père qui m'aime tant, que je vais me faire religieuse, que je vais le quitter, lui dire cela... tout à l'heure !... "

Elle passa un jupon de laine, s'approcha de l'armoire à glace en mauvais palissandre craquelé, seul luxe de sa chambre et seul héritage de la

Weiterlesen weniger lesen

Kundenbewertungen