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Le long parcours d'une grande gueule von Beauduin, Patrick (eBook)

  • Erscheinungsdatum: 23.03.2016
  • Verlag: Guy Saint-Jean Editeur
eBook (ePUB)
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Le long parcours d'une grande gueule

Né au Congo belge, Patrick Beauduin a grandi dans un monde où le petit blanc faisait ce qu'il voulait du petit noir. C'est le début d'une vie construite pour faire de lui un gamin aux poings frustrés, un ado au mot méchant, un publicitaire au verbe vendeur... et éventuellement, un patron aux gestes carrés, vindicatifs et arrogants. Un dur de dur. Un tyran? Puis, au dernier virage d'une carrière jalonnée de trophées, de reconnaissances flatteuses et autres flagorneries douteuses, l'homme se prend une spectaculaire claque sur la gueule. C'est le début d'un chemin de croix indispensable. Sa rédemption: il découvre qu'un patron, ça peut être authenticité, humilité, partage, fragilité. Le long parcours d'une grande gueule raconte la renaissance d'un leader, sur un chemin semé de réflexions, jalonné de petits cailloux éclairants qui aideront assurément d'autres patrons à se réinventer. Pour leur propre bonheur. Mais surtout celui des autres.

Produktinformationen

    Format: ePUB
    Kopierschutz: watermark
    Seitenzahl: 146
    Erscheinungsdatum: 23.03.2016
    Sprache: Französisch
    ISBN: 9782897580834
    Verlag: Guy Saint-Jean Editeur
    Größe: 4287kBytes
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Le long parcours d'une grande gueule

CHAPITRE 1

C'était il y a longtemps.

Un autre siècle, un autre temps. C'était au temps des colonies belges.

Depuis 1908, la Belgique avait annexé l'État indépendant du Congo après l'avoir reçu par testament de son roi défunt, Léopold II. Immense territoire riche de tous les minerais, de toutes les matières premières, ce Congo belge était, au lendemain de la Deuxième Guerre mondiale, une terre d'accueil bien attirante pour les jeunes Belges en quête de travail, d'une nouvelle vie. Pour un jeune couple, la colonie était une sorte d'eldorado où il ferait bon fonder confortablement une famille loin des cendres d'une Belgique épuisée.

Mes parents avaient choisi le Congo pour fuir un autre mariage arrangé par mes grands-parents maternels - eh oui déjà - et pour ne rien arranger du tout, je baignais dans le ventre de ma mère en attendant de débarquer à Léopoldville 1 , où il était prévu que je pousse mon premier cri de futur leader.

J'ai dû trouver ça très chaud de naître dans un tel climat, ou peut-être pas: 36 degrés à l'ombre comme foetus, ça ressemblait pas mal à l'automne congolais que je découvrais en ce mois de mars 1953. Aussi humide, aussi chaud, aussi collant.

Les premières années de cette vie de fils de colons sont dans ma mémoire comme une succession de petites photos jaunies aux bordures dentelées plus ou moins naturelles, plus ou moins nettes. Et si ces images ont réussi à traverser les années avec assez d'insistance, c'est sans doute pour m'aider aujourd'hui à revivre ces premiers pas qui ont construit ce que je suis devenu: une grande gueule.

À l'époque, la vie des colons était bien confortable. Et pourtant, mes parents n'étaient ni planteurs, ni exploitants de mines, ni propriétaires d'une quelconque entreprise d'import-export. Ils étaient juste de petits employés. Papa vendait des camions GMC dans une concession, il avait toujours aimé les camions. Maman était secrétaire à l'ambassade américaine, une année à Cambridge et une bonne dose de sténo lui avaient suffi pour décrocher le boulot. C'était le temps où les messieurs portaient des pantalons à pinces et les dames, des robes aux imprimés à fleurs.

Cela dit, leur statut de petits colons ne les empêchait pas d'avoir à la maison cinq personnes à leur service: un cuisinier qui connaissait l'art de la moambe - délicieux plat traditionnel qui goûte les épinards - ou des bananes plantain, un jardinier qui veillait à ce que les rats du fleuve Congo ne viennent pas tout ravager, un blanchisseur (eh oui! on l'appelait ainsi) qui s'occupait de la lessive et du repassage à longueur de journée (les couches à l'époque étaient encore en tissu), un chauffeur et... ma Mama.

Nourrice adorable, Mama, cette sorte d'infirmière toute de blanc vêtue, accompagnait mon quotidien, que ce soit pour mes courses en jeep à pédales autour de la maison, mes incessantes visites au zoo de la ville ou ma découverte des albums de Tintin avec leur légendaire dos de tissu rouge.

Je disais "ma" Mama parce que oui, elle m'appartenait: c'est moi qui décidais, c'est moi qui voulais aller ici ou là et "ma" Mama devait s'arranger pour que cela se fasse en toute sécurité. Ainsi, je serais un enfant heureux et... mes parents auraient la paix. Drôle d'apprentissage qu'être fils de colons en ces années 50.

En fait, colon, c'était déjà être chef, peu importe l'âge, le sexe. Pourvu que ma peau soit blanche, j'avais le droit de commander, le pouvoir de râler et presque la légitimité de punir. Du haut de mes trois ans, j'avais déjà le droit de menacer, sinon de dénoncer.

Qu'en ai-je fait en ces temps lointains? En ai-je tant abusé? Ai-je fait souffrir ma bien-aimée Mama? La mémoire est traîtresse et, plus d'un demi-siècle plus tard, je ne peux répondre avec précision.

Ce qui est certain, c'est que ce pouvoir de graine de colon, je l'ai absorbé à mon insu, comme une

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