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Méchante langue La légitimité linguistique du français parlé au Québec von Bouchard, Chantal (eBook)

  • Erscheinungsdatum: 19.01.2012
  • Verlag: Les Presses de l'Université de Montréal
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Méchante langue

Comment expliquer le fait que le français parlé au Québec n'ait pas le prestige accordé généralement à la langue française ? Chantal Bouchard a déjà brillamment abordé cette question dans La langue et le nombril, un livre qui a connu un succès critique considérable. Cette fois-ci, elle remonte aux sources. Tous les témoignages antérieurs à la Révolution française confirment que la langue parlée au Canada ne se distinguait pas du français de l'époque. Mais alors que le Canada est coupé de ses racines, en France tout est bouleversé par la Révolution et une nouvelle norme linguistique s'impose. Au surplus, cette norme est réglementée par une politique d'uniformisation qui rend illégitime toute variation. Voilà un livre finement argumenté et richement documenté désormais appelé à servir de référence. Chantal Bouchard est linguiste et professeur au Département de langue et littérature françaises de l'Université McGill, à Montréal. Elle est l'auteur de La langue et le nombril : une histoire sociolinguistique du Québec et de On n'emprunte qu'aux riches : la valeur sociolinguistique et symbolique des emprunts. Elle a également publié l'édition critique d'oeuvres d'Alain Grandbois et de Louis Hémon.

Produktinformationen

    Format: ePUB
    Kopierschutz: watermark
    Seitenzahl: 176
    Erscheinungsdatum: 19.01.2012
    Sprache: Französisch
    ISBN: 9782760627376
    Verlag: Les Presses de l'Université de Montréal
    Größe: 543kBytes
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Méchante langue

Comment une langue perd sa légitimité

Certes, la présence britannique s'est fait sentir très tôt et la langue des Canadiens en a été marquée, mais quelques dizaines d'emprunts dans le vocabulaire suffisent-ils à provoquer un tel déclassement, à une époque où les Français eux-mêmes puisaient largement à la même source ? Par ailleurs, la rupture des contacts entre la France et son ancienne colonie fait bien sûr en sorte que les habitants de cette dernière ne sont plus influencés directement par les transformations linguistiques de l'ex-métropole. Si on se trouvait devant des évolutions parallèles sur deux siècles, il ne serait pas trop surprenant de voir se constituer des variétés linguistiques assez divergentes pour expliquer le phénomène. En l'occurrence, il faut moins de deux générations pour que le français canadien perde sa légitimité, ce qui est un changement brusque, pour ne pas dire brutal.

Enfin, si on cherche dans l'évolution interne de la langue au Québec à cette époque l'explication du retournement de l'opinion, on ne sera guère plus avancé. tout porte à croire, en effet, que les Canadiens se sont montrés fort conservateurs à cet égard. Si l'abbé Philippe Desjardins, auteur de la phrase citée en exergue de l'avant-propos, était resté au Québec au lieu de le quitter en 1802, il aurait probablement pu tenir des propos semblables une trentaine d'années plus tard. En effet, si on peut supposer qu'entre 1793 et 1830, un certain nombre d'anglicismes ont pu pénétrer la langue courante, le phénomène demeure sûrement encore assez limité. Les contacts avec la population de langue anglaise sont encore peu nombreux en dehors des villes et les quelques dizaines d'emprunts à l'anglais relevés avant 1840 appartiennent pour la plupart à la langue juridique.

Par ailleurs, il semble que le départ d'une bonne partie de la classe supérieure au moment du changement de régime, en 1763, ait favorisé la progression dans la langue générale de mots d'origine populaire ou provinciale au détriment de mots appartenant à la norme, ou au " bon usage " du français [ 1 ] . En somme, des changements trop modestes pour justifier à eux seuls la perte de légitimité du français canadien, telle qu'elle se manifeste dans les commentaires des lettrés et des Anglais et Américains. Paradoxalement, les Français, pour leur part, se montreront longtemps plus tolérants, ainsi que le souligne Claude Poirier :

Si l'on fait un bilan rapide des propos d'Alexis de Tocqueville (1831), d'Isidore Lebrun (1833), de Xavier Marmier (1849) et de François-Thérèse Lahaye (1850), on retient que tout le monde parle un français parfaitement intelligible d'un bout à l'autre du pays, bien que l'affichage soit en anglais, mais que la langue a incorporé quelques anglicismes ( comme payer une visite à quelqu'un ) et comprend des locutions incorrectes [ 2 ] .

Quelques anglicismes et des locutions incorrectes n'auraient pas dû suffire, en tout cas, à disqualifier la langue des Canadiens français au point de la désigner sous le vocable de French Canadian Patois , comme le feront à l'envi les Anglo-Saxons. J'avais, pour ma part, attribué l'opinion défavorable des lettrés canadiens-français à deux facteurs principaux: l'anglicisation qui, s'accentuant tout au long du XIXe siècle, leur faisait craindre un abâtardissement de la langue, ce qui les lancera bientôt dans une vaste campagne de presse. L'autre facteur, ce sont les écarts qu'ils perçoivent avec le " bon usage " parisien contemporain. Si, comme je viens de le noter, le français canadien n'a que peu évolué depuis 1763, il faut donc que ce soit l'usage parisien qui se soit transformé pour produire ces écarts, et c'est bien ce qui s'est passé, en effet, mais les lettrés de 1840 l'ignoraient.

Il faudra attendre le début du XXe siècle et les travaux de la Société du parler français au Canada pour qu'on prenne

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